TEXTE: Notre planète ne tourne pas rond!

Le concept de “kilomètre alimentaire” est apparu au début des années 1990 au Royaume-Uni en raison de la globalisation commerciale dont certaines conséquences dépassent1 aujourd’hui l’entendement2. Même si cela semble démentiel3, la distance moyenne parcourue4 par un produit alimentaire entre son lieu de production et l’assiette du consommateur est de plus de 2 000 kilomètres! Sommes-nous devenus fous? Plusieurs exemples tendent à prouver que le monde marche sur la tête5.
🐓
La logique du commerce international n’a pas grand-chose à voir avec le bon sens paysan6. La France est en effet le premier producteur de volaille7 en Europe. Pourtant8 aujourd’hui, 45% du poulet mangé en France est importé. La situation est encore plus kafkaïenne9 quand on sait que, paradoxalement, l’Hexagone exporte sa volaille vers les pays d’Afrique. Toute sa volaille? Non! Seulement les parties “moins nobles” que les Français ne mangent pas. Décidément, notre planète ne tourne pas rond10…
🥜
Cultivée et récoltée11 en Afrique, transformée en Amérique latine et consommée en Europe, la noix de cajou est devenue un symbole de la mondialisation alimentaire. Depuis 2010, avec 50% d’augmentation de la demande, ce fruit sec fait un parcours12 stupéfiant13 de plus de 10 000 kilomètres: de la Côte d’Ivoire (premier producteur mondial) en passant par le Brésil (en usines de nettoyage et d’épluchage14), avant d’arriver en France où il est salé, grillé, emballé et vendu pour environ 15 euros le kilo.
🦪
En 2014, la France découvre le voyage ubuesque15 des coquilles Saint-Jacques16 des Côtes-d’Armor, en Bretagne. Élevées17 en France, elles sont ensuite envoyées en Chine pour y être nettoyées avant de revenir en Bretagne pour être cuisinées. L’explication? “Ça semble bizarre, mais c’est une question de coût. On est sur18 les différences de salaires qui vont de 1 à 100”, selon un responsable d’une usine bretonne. Il reconnaît néanmoins que “c’est un peu choquant19, je préfèrerais que ça se fasse ici”.
🦐
La crevette est l’un des produits de consommation les plus polluants au monde. Dans un court-métrage déroutant20 de la chaîne de télévision Arte sur le parcours d’une crevette grise, nous découvrons, sans autre commentaire qu’un compteur kilométrique21, que 13 jours se sont écoulés22 entre le moment de la pêche et le moment de la mise en vente en supermarché. Un comble23 pour un produit frais! La crevette grise, pêchée dans la mer du Nord, effectue24 pas moins de 6 756 km à travers25 différents pays, dont le Maroc, avant de revenir à son point de départ…
au mondewith superlatives (e.g., le plus grand au monde).dans le mondefor general situations happening within the world (e.g., des problèmes dans le monde).
🐟
Avant d’atterrir26 dans les congélateurs27 des Français, le cabillaud28 pêché en Norvège est envoyé en Chine pour y être coupé en filets: 15 000 kilomètres de voyage aller-retour29 pour économiser la main-d’œuvre30. Aussi incroyable que cela puisse paraître, on injecte aussi de l’eau dans le poisson pour qu’il semble plus gros.
🌭
Les boyaux31 des saucisses et des boudins32 belges ont pour la plupart transité33 par la Chine. En effet, le boyau est fait avec de l’intestin de porc nettoyé en Belgique, puis envoyé en Chine où les saucisses sont calibrées34 et conditionnées pour revenir six mois plus tard en Belgique. Un délai35 invraisemblable36 qui montre que la mondialisation et l’attrait37 de la main-d’œuvre peu chère n’ont pas de limites.
TEXTE: Consommer local, vraiment bon pour la planète?

B ien que la libre circulation des marchandises et des aliments38 se soit imposée partout en Occident39, de plus en plus de consommateurs cherchent à adopter une alimentation locale.Cependant, consommer local n’est pas toujours écolo, on vous explique.
Avant toute chose, il convient de40 préciser41 qu’en général consommer local est plus écologique, car on évite des pollutions inutiles42 comme le transport et la conservation. Il faut aussi noter qu’à chaque fois que nous achetons un produit cultivé à l’étranger nous contribuons à l’augmentation du trafic routier43 dans notre pays, donc à la pollution de l’air aux particules fines… Donc, éviter de consommer des produits cultivés à l’étranger est un premier pas vers une consommation un peu plus écolo. Toutefois, ce n’est pas toujours le cas! Comme toujours en matière44 environnementale, et malgré les apparences, les choses sont parfois plus complexes qu’il n’y paraît.
Le transport a beau être45 problématique sur le plan écologique, c’est loin d’être le souci46 le plus important, au contraire! Transporter une banane du lieu où elle est cultivée à celui où elle est vendue ne représente que 7% des émissions de gaz à effet de serre47 causées par cette banane. Paradoxalement, quoiqu48’elle soit cultivée dans son milieu49 naturel, cette banane n’est pas si écolo.
En effet, on peut compter divers types de pollution durant la production (les engins et l’énergie utilisés pour travailler les sols et la récolter, les engrais utilisés pour fertiliser ou repousser50 les insectes, etc.), et cette phase de production représente 93% des impacts écologiques!
Si l’on51 veut réellement consommer de façon plus écologique, il faut donc regarder la culture du produit plutôt que52 son transport. Or53, les productions étrangères sont parfois plus écologiques que les productions locales. Par exemple, une étude suédoise a montré que, du point de vue de54 l’empreinte carbone55, il est préférable d’acheter des tomates importées que des tomates cultivées en Suède. Pourquoi? Parce qu’il est beaucoup plus difficile de faire pousser56 des tomates en Suède qu’en Espagne. Finalement, bien qu’elles aient parcouru des milliers57 de kilomètres, les tomates espagnoles restent beaucoup plus “écologiques” que les tomates locales (à condition qu’on les ait transportées par bateau). C’est le climat qui fait la différence: un fruit, ou un légume, produit dans un climat favorable sera plus écologique, même s’il est importé. En somme58, savoir si consommer local est plus écologique ou non est une question de bon sens. Si les produits sont de saison et adaptés à l’écosystème local, évidemment qu59’il faut acheter et consommer local!
En revanche60, si on veut des produits qui exigent61 des conditions de production difficiles à mettre en place localement, il vaut mieux62 consommer des produits étrangers. Mais là encore63, les choses sont parfois complexes, car si le mode de transport le plus écologique est le bateau, il n’empêche que64 beaucoup de fruits et légumes fragiles sont souvent transportés par avion…
Dans certains cas, il faut aussi faire attention aux conditions de production: certains pays n’ont pas les mêmes normes de production qu’en Europe et peuvent, par exemple, utiliser des antibiotiques ou des hormones qui ne sont pas autorisés chez nous.
Savoir si consommer local est plus écologique ou non est une question de bon sens.
Évidemment, on peut aussi consommer local pour soutenir l’économie régionale, pour défendre une certaine vision du monde du travail65 ou pour soutenir l’emploi local. Les agriculteurs français produisent depuis toujours de très bons fruits et légumes, des viandes et des fromages de qualité contrôlée. Le mieux reste donc de se fournir auprès d’eux66. Et si en plus, c’est bio…tant mieux67! Mais n’espérez pas y trouver des mangues ou des litchis!
ne explétif
In plus complexes qu’ il n’y paraît, the ne is only stylistic. It’s used in certain expressions, often after comparisons like:
- plus… que, moins… que, aussi… que, autant… que, avant … que, à moins que…
It does not negate but rather adds an emphasis to the comparison. In this case, it emphasizes that things are more complex than they seem.
Also paraître à qch ➡️ qu’il n’y paraît
En français, c’est très courant d’utiliser un verbe à l’infinitif comme sujet d’une phrase. Par exemple:
- Savoir si consommer local est plus écologique ou non est une question de bon sens.
GRAMMAIRE: Exprimer l’opposition et la concession
L’opposition
- Pour opposer deux éléments, on utilise en revanche, par contre, alors que, tandis que + phrase à l’indicatif
Ex.: En revanche, si on veut des produits qui exigent des conditions de production difficiles à mettre en place localement, il vaut mieux consommer des produits étrangers.
Ex.: Alors que les produits sont de saison et adaptés à l’écosystème local, évidemment qu’il faut acheter et consommer local! - au contraire peut être placé en début ou en fin de phrase.
Ex.: Le transport a beau être problématique sur le plan écologique, c’est loin d’être le souci le plus important, au contraire!
La concession
Les connecteurs de concession indiquent qu’il existe un rapport dans l’opposition de deux éléments. On utilise:
cependant, pourtant, toutefois, or, il n’empêche que, même si + phrase à l’indicatif
Ex.: Cependant, ce n’est pas toujours le cas!
Ex.: Il n’empêche que beaucoup de fruits et légumes fragiles sont souvent transportés par avion…bien que, quoique + phrase au subjonctif présent ou passé
Ex.: Bien que les produits soient de saison et adaptés à l’écosystème local, il faut parfois acheter des produits importés.
Ex.: Quoique les produits aient parcouru des milliers de kilomètres, les tomates espagnoles restent beaucoup plus “écologiques” que les tomates locales.malgré + nom ou pronom
Ex.: Malgré les apparences, les choses sont parfois plus complexes qu’il n’y paraît.avoir beau + infinitif
Ex.: Le transport a beau être problématique sur le plan écologique, c’est loin d’être le souci le plus important, au contraire!
GRAMMAIRE: Le pronom ça
ça est l’équivalent de cela, on l’utilise généralement à l’oral. C’est un pronom neutre, qui peut être sujet ou complément. Il reprend un groupe de mots, une phrase entière ou une idée.
Ex.: La coopérative agricole a fermé? Qui t’a dit ça?
(ça = la coopérative agricole a fermé).
Ex.: Le directeur est autorisé à décider du nom de l’entreprise.
ça peut aussi désigner un nom qui a une valeur générale.
Ex.: Le chocolat, tu aimes ça?
Ça est utilisé dans de nombreuses expressions françaises:
- ça va
- ça y est (= that’s it)
- ça m’est égal (= I don’t care)
- ça me plaît (= I like it),
- ça alors (= wow, my goodness)
- ça ne fait rien (= it doesn’t matter)
STRATÉGIE D’ÉCRITURE: Lire et commenter des chiffres
Ce graphique, réalisé par Agence Bio en 2015, nous donne des informations intéressantes sur l’évolution du marché des produits bio en France entre 2007 et 2014. On constate68 que les adeptes du bio sont de plus en plus nombreux. Le chiffre d’affaires69 du secteur n’a cessé d’augmenter, en sept ans. Alors qu’il s’élevait70 à près de deux milliards d’euros en 2007, il a atteint et passé la barre71 de cinq milliards d’euros en 2014, et n’a plus baissé72 depuis. Il a donc plus que doublé en sept ans. Cependant, on remarque dans un classement73 de 2017 sur les plus grands consommateurs de bio dans le monde que la France se classe74 septième, bien après la Suisse, en première position. Par ailleurs, 76% des produits biologiques (soit les trois quarts75) consommés en 2015 proviennent76 de France, ce qui signifie qu’environ un quart des produits bio consommés en France est importé: la moitié à l’intérieur de l’Union européenne, l’autre moitié hors Union. Cette augmentation est due77 à une plus grande sensibilité des Français aux problèmes causés par les pesticides. À l’avenir, elle entraînera78 certainement un changement radical des pratiques agricoles.
Footnotes
dépasser = surpass, exceed, go beyond…↩︎
l’entendement = understanding, comprehension↩︎
démentiel = crazy, insane, outrageous↩︎
parcourir = to travel, to cover (a distance)↩︎
tendre à prouver = tend to prove, seem to show, suggest; marcher sur la tête = to be crazy↩︎
logique: logic (n.f); avoir grand-chose à voir avec = to have much to do with; le bon sens paysan = the common sense of a farmer;↩︎
volaille = poultry (n.f)↩︎
pourtant: similaire à “malgré cela”, “cependant”, “néanmoins”…↩︎
kafkaïen: Kafkaesque, absurd↩︎
tourner rond: to be going well, to be working properly; décidément: indeed, certainly↩︎
récolter = to harvest↩︎
parcours = journey, route, path (n.m)↩︎
stupéfiant = astonishing; stupéfier = to astonish, to amaze↩︎
éplucher = to peel, to shell; emballer = to pack, to wrap↩︎
ubuesque: absurd, ridiculous↩︎
coquilles Saint-Jacques: scallops (n.f); coquille = shell (n.f)↩︎
élever = to raise, to farm↩︎
être sur qch = to be about qch↩︎
choquant = shocking; choquer = to shock↩︎
court-métrage déroutant: disorienting/confusing short film; métrage = length (of a film)↩︎
without any comment other than an odometer; note the
quehere meansexcept; un compteur kilométrique = a mileage counter, odometer (n.m)↩︎s’écouler = to pass (time), to elapse↩︎
un comble or le comble, literally means “the height” or “the limit”, but figuratively usually means “the last straw”, “the ultimate irony”, “the height of absurdity”, etc. here, it means “what an irony!”↩︎
effectuer = to carry out, to perform, to make (a trip)↩︎
à travers = across, through (fixed expression)↩︎
atterrir = to land↩︎
congélateur = freezer (n.m)↩︎
cabillaud = cod (n.m)↩︎
aller-retour = round trip↩︎
main-d’œuvre = labor, workforce (n.f)↩︎
boyau = casing (for sausages) (n.m)↩︎
boudin = blood sausage (n.m)↩︎
transiter = to transit, to pass through↩︎
calibrer = to calibrate, to size↩︎
délai = delay (n.m);↩︎
invraisemblable = unbelievable, implausible↩︎
attrait = attraction (n.m)↩︎
la libre circulation = free movement; aliment = food, alimentation = feeding, food supply, diet, nutrition↩︎
Occident = the West (n.m)↩︎
convenir = to be appropriate, to suit; il convient de + infinitif = it is appropriate to, it is necessary to↩︎
préciser = to specify, to clarify↩︎
inutile = unnecessary, useless↩︎
routier = road (adj)↩︎
matière = subject, field (n.f); en matière de = in the field of, in terms of, note de follows a noun without an article↩︎
avoir beau + infinitif = even though …, (the subtext is no matter how much …), similar to malgré + nom↩︎
souci = concern, problem (n.m); être loin d’être = to be far from being↩︎
gaz à effet de serre = greenhouse gases; le gaz; serre = greenhouse (n.f)↩︎
quoique = although, even though, while (quoique + subjonctif)↩︎
milieu = environment, setting, surroundings (n.m)↩︎
repousser = to repel, to drive away↩︎
In formal writing, si l’on is often used instead of si on due to euphony to avoid a vowel followed by a vowel.↩︎
plutôt que = rather than↩︎
or = but, however. It can also mean “now” when used to introduce a new argument or contrasting point. But always in formal writing.↩︎
du point de vue de = from the point of view of↩︎
empreinte carbone = carbon footprint; empreinte = imprint, print, footprint (n.f)↩︎
faire pousser = to grow (plants)↩︎
millier = thousand (n.m, can be pluralized); mille as adj. or as counting number = thousand (invariable)↩︎
en somme = in sum, in conclusion; somme = sum (n.f)↩︎
évidemment que: typical french way of shortening “il est évident que…”, note in shortening, “évident” becomes “évidemment” and unlike in English, the “que” is kept in.↩︎
en revanche = on the other hand, however; revanche = revenge, return (n.f)↩︎
exiger = to require, to demand↩︎
il vaut mieux + infinitif = it’s better to; il vaut mieux que + subjonctif = it’s better that↩︎
là encore = again, once again↩︎
il n’empêche que = nevertheless, it doesn’t change the fact that; empêcher = to prevent, to stop↩︎
le monde du travail = the world of work, the labor market↩︎
se fournir = to source, to get supplies; se fournir auprès de qn = to source from someone; auprès de qn = with, from (someone)↩︎
en plus = in addition, on top of that; tant mieux = so much the better, all the better, even better↩︎
constater = to note, to observe, to see↩︎
le chiffre d’affaires = turnover, revenue (n.m)↩︎
s’élever à = to amount to, to reach (a certain amount)↩︎
la barre = bar, threshold (n.f); passer la barre de qch = to pass the threshold of something↩︎
baisser = to decrease, to go down↩︎
classement = ranking, classification (n.m)↩︎
se classer = to be ranked↩︎
soit = that is, in other words; les trois quarts = three quarters↩︎
provenir de = to come from, to originate from↩︎
être dû à = to be due to, to be caused by↩︎
entraîner = to lead to, to cause, to bring about↩︎